Pop culture

Paris Hilton, la revanche d’une blonde 

Avant les influenceuses Instagram, Paris Hilton a été dans les années 2000 l’une des premières it girls à avoir été célèbre pour sa notoriété. Après être tombée dans l’oubli et la cocaïne aux abords de 2010, l’héritière de 37 ans au look bling revient pour un show sur la chaîne Viceland et une collection de vêtements so 2003. Paris sera toujours Paris...
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Il y a quelque chose de fascinant chez les stars de téléréalité. Ces incarnations de la société du spectacle dans ce qu’elle a de plus show-off et superficiel irritent autant qu’elles obsèdent. Le 4 juin dernier, au Brooklyn Museum, à New York, l’une de ses plus puissantes représentantes, Kim Kardashian, remportait la première récompense “Influencer” aux CFDA Awards. Brillante en Rick Owens, elle déclarait : “Surprenant de recevoir un prix de mode alors que je suis toute nue la plupart du temps.” Cinq jours plus tôt, elle rendait visite à Trump à la Maison-Blanche lors d’un sommet WTF pour parler réforme des prisons. Résultat ? Alors que la presse à scandale plaisantait sur le fait que le président s’était trompé de Kim (pour Kim Jong-un), elle parvenait cependant à faire libérer Alice Marie Johnson, une sexagénaire emprisonnée depuis plus de vingt ans pour un délit sans violence lié à la drogue. La preuve qu’il ne faut jamais sous-estimer une star de la téléréalité. Ni une blonde. 

Car, au même moment, l’ancienne boss de Kim, Paris Hilton, reine du paysage médiatique des années 2000 qui avait employé son amie comme styliste, connaît un retour en grâce. Elle prépare son futur mariage (avec l’acteur Chris Zylka, vu dans The Leftovers), sera la star de Hollywood Love Story, diffusé sur Viceland à partir du 11 juillet, et vient de cocréer une collection de soixante-dix pièces pour la marque fétiche des millennials, Boohoo. Pour la campagne de pub, elle pose avec un chihuahua, un téléphone à clapet et une tiare sur un fauteuil doré, devant une grosse voiture rose ou un cocktail à la main. Inspirée par Ibiza et Beverly Hills, la ligne se veut clinquante, de la robe en léopard au body lamé or en passant par un maillot flanqué de sa formule fétiche, “That’s hot”. Sur Instagram, de nombreux comptes de curation comme She’s Vague postent des clichés des looks de Paris ; presque tout ce qu’elle a porté dans les années 2000 a fait un come-back ces deux dernières années, du choker strassé au survet éponge Juicy Couture, des sacs à logos aux créoles géantes. Son esthétique a même séduit un autre chantre du “bigger than life”, Kanye West, qui l’a choisie pour poser pour sa marque Yeezy en clone de son ancienne BFF, Kim. La boucle est bouclée pour celle qui avait quand même déclaré à propos de Mme West : “Je ne voudrais pas de son cul, on dirait du cottage cheese emballé dans un sac poubelle.” Mais la plupart de ceux qui sont nés un téléphone sans clapet à la main connaissent mieux les Kardashian que Paris. Un flash-back s’impose : qu’a-t-elle fait pour devenir célèbre, à part porter des jeans taille basse ? 

Des paillettes dans les veines

“Certaines filles sont nées avec des paillettes dans leurs veines”, clama un jour Paris Hilton. Née le 17 février 1981 à New York, la blonde fait partie de cette race-là, venue au monde une cuillère en argent dans la bouche, puisqu’elle est l’une des arrière-petites-filles de Conrad Hilton, fondateur de la chaîne d’hôtels de luxe qui porte son nom. L’enfant vit dans des suites, joue du piano dès ses 5 ans, pratique le hockey sur glace, se relaxe dans les Hamptons et copine avec d’autres gens bien nés, comme Ivanka Trump. Seule ombre au tableau ? Souffrant enfant d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, Paris se voit prescrire de l’Adderall (des amphétamines) et rencontrera des problèmes dans plusieurs écoles à cause de troubles émotionnels. 

Comme beaucoup d’héritières, Paris grandit trop vite et devient une party girl dès l’adolescence, s’encanaillant dans toutes les soirées huppées de NY. Mais le monde entier la découvre vraiment dans la série The Simple Life, diffusée à partir de 2003 sur la Fox. Elle s’y essaye, dans l’Arkansas, à une vie moins clinquante et plus authentique avec sa meilleure copine, Nicole Richie. Elles s’improvisent campagnardes en talons hauts, ce qui les conduit à des situations cocasses plutôt jouissives. Les deux jeunes femmes finiront par se brouiller (Nicole aurait montré une vidéo X de Paris à un groupe d’amis) et l’émission n’y survivra pas, même si Paris retentera par la suite l’aventure de la téléréalité. 

Plus d’un tour dans son clutch

En 2004, un événement va faire monter d’un cran la notoriété de Paris, sans qu’elle en soit l’instigatrice. Rick Salomon, producteur de films connu pour sa relation avec une autre bad girl, Shannen Doherty, vend au plus offrant 1 Night in Paris, une sextape le montrant en pleins ébats avec la blonde, et la vidéo se retrouve partout sur le Net. Un parfum de soufre et de scandale entoure désormais la star. Résultat ? Un an plus tard, il faut débourser 300 000 dollars pour que la jeune femme pointe ses stilettos dans un club. D’après Forbes, Paris aurait en tout gagné plus de 15 millions de dollars entre 2003 et 2006. Et ce rien qu’en capitalisant sur son statut de jet-setteuse, en multipliant les parfums et boutiques à son nom et aussi les livres. La socialite apparaît ainsi comme l’exemple absolu de la it girl devenue bankable, mettant à mal les clichés sur les neurones des blondes. On peut en effet voir une forme d’intelligence dans le fait de transformer en or sa simple image pour accumuler une fortune estimée à plus de 100 millions de dollars. “Je suis intelligente, c’est juste que… je ne le montre pas”, a d’ailleurs déclaré la femme d’affaires devenue une marque, diversifiée, à part entière. Mannequin, elle a été signée à 19 ans dans l’agence de Donald Trump, T Management, et a posé notamment pour Guess. Actrice, elle joue souvent son propre rôle dans des comédies (Zoolander, The Bling Ring) ou des apparitions aussi mini que ses robes dans des films d’horreur et des nanars comme l’oubliable slasher La Maison de cire (2005), qui lui vaut un Razzie Award du plus mauvais second rôle.

Mais c’est surtout dans la musique que Paris parvient à faire ses gammes. La chanteuse a sorti en 2006 un disque de dance simplement intitulé Paris sur son propre label, Paris Hilton Records, dont l’un des tubes, Stars Are Blind, dominera le classement US Hot Dance Club Songs. Elle maintient le rythme en faisant la DJ dès 2012. Son image de fêtarde colle parfaitement à sa reconversion d’ambianceuse de clubs, résidente de l’Amnesia, à Ibiza, pour les soirées “Foam & Diamonds”. Son manque de technique et ses cachets mirobolants – environ 5 000 dollars par minute – ne font pas l’unanimité. Mais quand Paris joue, les clubbeurs viennent en masse, voulant voir de plus près la blonde délurée qui mixe de l’EDM à Vegas, Saint-Trop’ ou Dubaï et, récemment, au mariage de son frère, toujours le sourire aux lèvres, décolleté plongeant et bras en l’air.

Un personnage déroutant

C’est que – osons le mot – l’ultime talent de Paris, c’est d’avoir créé un personnage assez irrésistible, qui peut déclamer sans sourciller des phrases aux airs de slogans telles que “Paris, c’est ma ville préférée, je peux acheter plein de T-shirts avec mon prénom dessus” ou “Habillez-vous bien où que vous alliez, la vie est trop courte pour que vous vous fondiez dans la masse”. Une sorte de croisement entre la ravissante idiote façon Marilyn Monroe dans ses films, une poupée Barbie vivante et Jayne Mansfield, qui elle non plus ne sortait jamais sans son petit chien. À la limite de la silhouette-logo, Paris est restée fidèle à sa blondeur, à son make-up nacré et à tout ce qui brille. Même sa voix serait empruntée, comme dans une performance artistique qui brandirait ce personnage de “bitch” artificiel comme un miroir à notre ère du vide, désormais à son apogée avec les réseaux sociaux. Mais des signes montrent que Paris n’est pas aussi rose que ses fameux joggings, ni aussi creuse que certaines de ses répliques. D’abord, il y sa générosité. L’icône kitsch a donné plus de 100 000 dollars à l’hôpital pour enfants de L.A. Côté vie privée, son CV amoureux XXL (Leo DiCaprio, 50 Cent, Jared Leto, Val Kilmer) ne ressemble pas au long fleuve tranquille de la poupée mariée à Ken. Elle a flirté avec l’acteur Chad Michael Murray alors qu’il était marié à l’actrice Sophia Bush, ce qui causera leur divorce. Plus farfelu encore, elle a entretenu une liaison avec l’acteur et réalisateur génial et controversé Vincent Gallo, qui l’a même fait tourner dans le clip du morceau Honey Bunny (2001) en plus de lui écrire une chanson. 

Des frasques à répétition

Et, surtout, ses nombreuses frasques laissent entrevoir une bombe – platine – à retardement. En 2007, après avoir conduit en état d’ivresse et avoir été punie pour cela, la jeune femme est arrêtée sans permis au volant de sa Mercedes Benz dans les rues de Hollywood, roulant bien au-delà de la vitesse maximum autorisée. Cette fois-ci, elle est condamnée à passer par la case prison pour quarante-cinq jours fermes à Los Angeles. Malgré une pétition demandant au gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, de gracier la blonde, elle purgera sa peine pendant vingt-trois jours avant d’être relâchée pour bonne conduite. Paris apparaîtra en pleurs sur des clichés émouvants au moment de son incarcération et perdra son agence artistique. En 2010, elle sera prise plusieurs fois la main dans le sac en train de fumer de la marijuana ainsi que pour détention de cannabis et de cocaïne. Ce sont sa résilience, son sens de la répartie et son autodérision qui la sauveront du naufrage. Quand on critique sa futilité, elle se met en scène dans une version caricaturale et drolatique de son personnage. Plus Jim Carrey que Lindsay Lohan, elle ira même, à la manière de la Cicciolina en Italie, jusqu’à proposer en 2008 dans un spot vidéo en maillot sa candidature à la présidence des États-Unis. Ses grandes idées ? Nommer Rihanna vice-présidente et repeindre la Maison-Blanche en rose. Quelque chose nous dit qu’elle aurait peut-être pu faire une meilleure présidente que son ancien boss, Donald.

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